Pêche à la mouche


La pêche à la mouche a longtemps été un sport élitiste que seuls les nobles pratiquaient. De nos jours la pratique de cette technique devient de plus en plus populaire et c'est très bien ainsi. Finis les jours où les puristes de la sèche refusaient de manger à la même table que les méchants pêcheurs qui utilisaient la mouche noyée ? Pas vraiment malheureusement. Voici ma façon personnelle de voir la pêche à la mouche, ce n'est ni la Vérité, ni un travail d'historien. Ce n'est que l'expression de ma passion pour ce contact avec la nature.

Ma Philosophie de la pêche à la mouche
Ma passion, la pêche à la mouche
La chêpe à la choume - Un peu d'humour


Ma Philosophie de la pêche à la mouche

Saviez-vous que les Chinois pratiquaient le lancer à la mouche comme forme de contemplation ? Ils ne mettaient toutefois aucune artificielle prétendant qu'un éventuel poisson pourrait déranger leur concentration. Lorsque nous revenons d'une excursion notre esprit est comme reposé, plus ouvert, plus concentré. Pour tout vous expliquer, nous revenons changés.

J'avais trois mois lorsque mes parents m'ont amené pour la première fois à la pêche. Ils m'avaient placé dans un petit moïse recouvert d'un moustiquaire. Ils avaient placé le moïse dans la pointe de la chaloupe et étaient partis pour la journée pêcher le Brochet et le Doré. Depuis j'ai bien grandi et j'y vais seul ou avec un ami ou deux, jamais plus que ça. Je pêche à gué et je le fais à l'aide d'une canne à mouche. Voici donc à quoi ressemblent mes pêches.

Imaginez-vous de l'eau jusqu'à la mi-jambe dans une petite rivière. Sur chaque rive, des aulnes s'entremêlent. L'eau est fraîche et limpide. On peut même la boire sans danger. Là-bas, elle glisse doucement frôlant ses rives et une famille de colverts a décidé de vivre dans un des nombreux herbiers qui croissent dans les petites baies peu profondes. Immobile comme une statue, un héron chasse de petits poissons, des écrevisses, des grenouilles ou de grosses nymphes de libellule. Du sous-bois un bruant fait allusion au derrière de Frédéric. Ici la dénivellation du sol fait débouler le cours d'eau en suite de cascades. Au pied de ces rapides, la rivière s'élargit et forme ainsi un bassin où la truite se nourrit abondamment et ce, en surface.

Vous scrutez bien la surface de l'eau et ne voyez aucun insecte. Dans les airs seulement trois ou quatre libellules font du rase-mottes et plongent même parfois directement à la surface de l'eau l'éclaboussant à chaque plongée. Aux pieds des dernières petites chutes, une mousse épaisse et blanche tourne sur elle-même. C'est à cet endroit que la concentration de truites semble la plus importante. En se nourrissant en surface, elles sautent parfois complètement hors de l'eau, laissant derrière leur passage, deux trous noirs dans le coussin de mousse blanche. Vous tentez donc votre chance.

Tout d'abord, vous sortez la soie de votre moulinet. Ce moulinet que vous n'auriez jamais acheté vous-même, mais qui vous a été offert par votre épouse et vos enfants à la fête des pères. Vous passez la soie dans les oeillets de la canne de graphite qui vous a été offerte par les copains du bureau quand vous avez pris votre retraite. Au bout de la soie, vous avez attaché un mono filament avec un nœud de clou (nail knot) et avez fait une boucle avec le noeud boucle parfaite (perfect loop). Vous revérifiez la solidité de chaque noeud et sortez de votre poche une boîte contenant des bas de ligne que vous avez rassemblés pendant vos soirées d'hiver. Le bas de ligne est le lien direct entre l'artificielle qui retient le poisson et la canne qui amplifie la force de résistance du poisson et qui en même temps absorbe les coups donnés au bas de ligne. C'est la partie la plus sensible de l'équipement. Si on veut déjouer le poisson il faut utiliser un mono filament de faible diamètre car s'il le voit, il ne se fera pas déjouer. C'est maintenant le temps d'attacher sa mouche artificielle.

D'une des nombreuses poches qui ornent votre veste de pêche, vous sortez la boîte contenant les sèches que vous avez patiemment montées avec des plumes et des poils. Elles sont toutes montées avec un hackle de première qualité. Lors de leur fabrication, vous les avez enduites de silicone en graisse afin de leur assurer une bonne flottabilité. Vous ne savez pas au juste laquelle prendre n'ayant pu identifier l'insecte dont les truites se nourrissent. Votre choix s'arrête sur une petite Adams # 14. Vous l'attachez avec un (improved clinch knot) et coupez le bout du mono filament qui dépasse avec votre coupe-fil attaché à même votre veste de pêche. Des aulnes empêchent totalement tout mouvement vers l'arrière donc il vous faudra effectuer des lancers roulés pour atteindre votre cible, le coussin de mousse.

Dès votre premier lancer une petite truite bondit hors de l'eau mais ne touche pas à votre artificielle. Vous la laissez donc là et attendez quelque peu. Rien ne se passe. Vous la faites donc glisser à la surface du coussin dans le but d'exciter la truite. Votre mouche s'imbibe de mousse et ne flotte plus au lancer suivant. Vous vous tournez face au courant pouvant ainsi effectuer des successions de lancers arrières suivis de lancers avant pour secouer la mousse qui recouvre le corps, les ailes, la queue et le hackle de votre mouche artificielle. Lors de votre dernier lancer avant, vous avez pivoté sur vous-même faisant ainsi face au coussin et avez dirigé votre lancer vers celui-ci. Après une quinzaine de présentations infructueuses il vous faut changer de tactique. Vous changez donc votre artificielle pour une Royal Coachman #16. Cette mouche n'étant pas une imitation d'insecte en particulier donnera sans doute des résultats. Malheureusement, vous n'obtenez aucune réaction de la truite qui continue à bondir tout autour. Vous décidez donc d'aller voir de plus près ce qui se passe sur ce coussin.

Vous sortez hors de la rivière et suivez le sentier qui la longe et vous mène directement sur le rocher surplombant le coussin. Chemin faisant, vous cueillez des pleurotes qui couronnent un tronc d'érable mort et dont la base est restée plantée dans le sol. En montant sur le rocher, vous remarquez que vous n'êtes pas seul. Des milliers de petites fourmis brunes en font autant. Des ailes leur ont poussé. Quand une fourmilière devient trop peuplée, un certain nombre de fourmis émigre. Pour ce faire la nature a pensé à tout. Il leur pousse des ailes. Mais ces ailes ne sont pas assez articulées pour leur permettre de voler par elles-mêmes. C'est donc avec la force du vent qu'elles parviennent à décoller. S'il cesse de venter, les fourmis planent et atterrissent là où le vent les a menées. Ce sont donc ces fourmis qui servent de collation aux truites. Plusieurs moucheurs ont goûté à certains insectes dont la fourmi. Il paraît qu'elle a un goût particulier et c'est pour cette raison que la truite en raffole.

Vous retournez à votre ancien poste et changez d'artificielle. Vous avez monté des imitations de fourmis. Elles sont si simples à faire. Deux boules formées de fourrure cardée sur votre fil de montage forment l'abdomen et le thorax de la fourmi. Entre ces deux boules, un petit hackle de cou de coq a été enroulé représentant les pattes de la fourmi et permet en même temps la flottabilité de votre artificielle. Vous en avez montées de toutes les grosseurs en noir, en brun et en roux. Vous en choisissez une brune #24 sur laquelle vous avez rajouté une pointe de hackle gris-bleu qui recouvre tout le corps et représente ainsi les ailes. À votre premier lancer une truite bondit hors de l'eau et attrape votre artificielle en retombant. Elle se ferre d'elle-même. Et c'est alors que le combat commence.

Aussitôt qu'elle se sent prise, elle plonge vers le fond du bassin se tortillant en tout sens, de tout côté. Vous la retenez mais devez lui donner de la corde car elle pourrait facilement briser le bout de votre bas de ligne qui n'a que deux livres de résistance. Soudain, elle change sa course et se dirige maintenant vers la petite baie où des nénuphars fleuris de jaune couvrent totalement la surface. Vous devez l'empêcher de s'y rendre car elle va entremêler votre mono filament dans les longues tiges submergées de ces îlots flottants. Devinant votre pensée elle change soudainement de cap et fonce en votre direction. Vous récupérez votre soie en toute vitesse à l'aide de votre main libre. Ce n'est pas vous qu'elle visait mais bien le courant du centre de la rivière. Elle se place perpendiculairement au courant et entre dans celui-ci. Vous devez maintenant donner de la corde sinon la force de la truite combinée à celle du courant briseraient facilement votre bas de ligne. Vous offrez le plus de résistance possible en entrant le bout de votre canne dans l'eau ainsi il lui faut combattre la résistance de la canne et de la soie qui traînent dans l'eau. Elle est maintenant fatiguée et se laisse quelque peu ramener vers vous. Elle est à environ à trois pieds de vous et vous passez votre main sous son ventre. Sans exercer de pression, vous la soulevez hors de l'eau, l'admirez pendant quelques instants. C'est un beau mâle. Depuis le début nous l'appelons truite mais en réalité il s'agit de l'omble de fontaine Salvenius fontinalis.

Le dos de la truite est vert foncé vermiculé de taches plus claires. Sa queue presque carrée nous indique que c'est un poisson qui attaque en vitesse. Ses flancs sont sombres parsemés de taches claires, certaines sont rouges et entourées d'un halo bleu. Son ventre est très rouge. Ses nageoires rouges sont bordées de blanc et de noir. Sa mâchoire inférieure est recourbée vers le haut. Il a revêtu sa robe de séduction et est prêt pour la fraie. Cette truite mesure environ 14 pouces, c'est une belle.

Vous dégagez doucement l'hameçon de sa bouche et avec beaucoup de précautions, graciez votre prise en lui rendant la liberté. Au début fatiguée par la bataille, il faut parfois la retenir pendant sa récupération qui ne dure que quelques minutes tout au plus. On la maintient ainsi face au courant. L'eau passe dans ses branchies et l'oxygène de l'eau est acheminé vers le sang du poisson. Parfois ça ne prend que quelques secondes et il arrive parfois que la truite essaie de se cacher sous l'une de vos bottes. Il arrive aussi qu'elle se dirige lentement vers le milieu de la rivière, s'enfonçant de plus en plus vers le fond.

Vous nettoyez votre artificielle, lui remettez un peu de silicone et la redéposez dans le coussin de mousse. Au bout de quelques heures, vous avez pris et relâché une bonne dizaine de truites. Vous avez gardé les plus petites, elles sont tellement meilleures au goût. Vous retournez à votre auto en empruntant le même petit sentier qui longe la rivière. D'autres pêcheurs qui sont passés avant vous ont laissé traîner des boîtes de vers et des enveloppes de leurres. Vous les ramassez et les ramenez à votre auto. Le prochain qui viendra dans ce petit coin se croira le premier.

Vous rangez veste de pêche, cuissardes, cannes et moulinets et repartez vers la ville l'esprit reposé. Vous n'avez pas pensé à votre emploi, à votre famille, à vos amis. Vous ne vous êtes pas préoccupé de la vente de votre maison, de votre auto ou de votre commerce. Vous étiez occupé à vous rappeler comment faire certains noeuds, comment effectuer certains lancers ou tout simplement à déjouer la truite.

Ce mode de pêche offre de grandes possibilités pour ceux qui s'intéressent à la nature ou aux sciences naturelles. Il n'est pas nécessaire d'être un entomologiste complet mais quelques notions nous permettant d'identifier les principaux insectes aquatiques et la connaissance de leurs habitudes de vie nous permettent de récolter quelques truites de plus. Il faut savoir lire une rivière pour trouver où se cache dame truite et pour cela il faut connaître les habitudes de l'espèce recherchée. Il faut savoir de quoi se nourrit la truite au moment même de la pêche et savoir reconnaître l'endroit où elles le font. Tout cela permet à l'esprit de se concentrer sur une seule chose à la fois. On n'a qu'à laisser travailler celui-ci et quand une éclosion subite fait sauter notre omble. Le corps et l'esprit de l'homme atteignent alors leur Nirvana.


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Ma passion, la pêche à la mouche

3:58 A.M.

Je me lève et désactive la sonnerie de mon réveil matin qui a été réglée pour 4:00 A.M. Ainsi je ne réveillerai pas ma conjointe.

4:00 A.M.

Le café percole, je suis assis dans mon bordel à mouche et cherche dans mes livres une mouche miracle qui me ferait prendre les plus grosses truites de la rivière Jacques-Cartier. Toute la semaine j'ai monté des Muddlers, Picket Pins, Kings of the Water, Mouches du Fleuve, Dark Hendricksons, Royal Coachmans et quelques grosses nymphes issues directement de mon imagination.

Quand je parle de pêche, mon visage s'illumine. Même si je me trouve en pleine ville dans un immeuble à bureaux, ma tête est là-bas, sur les rives d'un lac, d'un ruisseau, d'une rivière ou du fleuve. Que je me trouve rue Ste-Catherine et University à l'heure de pointe avec toute sa circulation dense et bruyante, j'entends le clapotis de l'eau, le vent dans les feuilles, le chant des oiseaux et au loin, les grondements d'une chute. J'y pense, donc j'y suis. C'est paraît-il ce qu'on appelle une passion.

Le fait de prendre du poisson n'est pas pour moi ce qu'on appelle la Pêche. La Pêche est pour moi le plus grand contact avec ce qui m'entoure. Tout est là : les règnes végétal, animal et minéral. L'eau, l'air, la terre et parfois sur les rives, le feu. Les coléoptères, mammifères, conifères, ombellifères et parfois mon frère m'entourent. Les lagopèdes, centipèdes et palmipèdes piétinent la trace de mes pas. Les moineaux, les corbeaux et les passereaux chantent en clé d'ut dans mon dos.

Mes cinq sens sont sollicités. L'odeur de champignons m'emplit les narines dès que j'entre la tête dans le sous-bois. Plus loin dans la pinède on comprend pourquoi les différentes compagnies de désodorisants essaient d'imiter cette odeur. Mes oreilles sont attentives à tout clapotis même dans les rapides. De temps en temps un bruant tente de me faire comprendre que je suis sur son territoire. Un goéland semble rire de mes maladresses. Mes yeux bien protégés par des verres polarisants scrutent la surface de l'eau à la recherche d'un insecte, d'un remous ou d'une truite qui se nourrit. Parfois mon regard s'arrête sur un héron immobile attendant patiemment qu'un petit poisson passe à portée de bec. Parfois mes yeux parcourent le chemin à prendre pour me rendre à un endroit particulier de la rivière. Autrement ils sont rivés sur mon artificielle qui dérive lentement. Soudain mon regard est projeté vers un poisson qui bondit hors de l'eau. J'aime bien sortir mon poisson avec mes mains. Que ce soit une douce truite, un féroce brochet, un rugueux doré ou un fougueux achigan, ce contact avec ma prise m'apporte beaucoup de joie. Il m'arrive même de flatter un poisson pendant qu'il récupère lors de sa graciation. Lorsque je décide d'en garder, je ne garde que les petits. Je trouve leur goût tellement plus délicat.


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La chêpe à la choume

Bon vous trouvez le titre bizarre et bien attendez de lire la suite. Pour tout vous expliquer, je vais vous raconter comment tout cela a débuté. C'était l'été dernier et ça se passait à St-Côme lors d'une excursion de pêche à la pourvoirie du lac Croche. Serge et moi pêchions la truite et de grosses éphémères séchaient leurs ailes à la surface de l'eau. Dans un lapsus-linguae, Serge me fit remarquer la grosseur de ces dernières en ces termes : -'' Elles sont énormes ces éméphères ''. C'est là que tout a commencé.

Comme vous le savez tous, la tuitre choumetée (truite mouchetée) raffole des éméphères. Lorsqu'une éclosion survient, elle en gave némorménent. La tuitre acre-en-sel (truite arc-en-ciel) se nourrit aussi d'éméphères mais préfère les petits némés. Lorsqu'une acre-en-sel poursuit un némé, ce dernier se sent très mal, on dit de lui qu'il est mal némé. La tuitre qui a le rubne (truite brune) mange de tout. Que ce soit de varles (larves), de phynnes (nymphes), de némés (ménés) et de petites negrouilles (grenouilles). Quand une tuitre rubne est à la chasse, les petites negrouilles ne grouillent guère de peur d'attirer son attention.

La façon la plus intéressante de prendre ces poissons est sans contredit, la chêpe à la choume (pêche à la mouche). Ce sport se pratique avec une longue canne de fragite (graphite) et un loup-minet (moulinet) qui ronronne bien quand on tourne la navymelle (manivelle) ou qui hurle lorsqu'un gros poisson s'éloigne et prend la moitié de la soie enroulée, il en va de soi, autour du rabbi (baril). Cette soie est soit flottante ou soit plongeante, soit jaune, soit orange, soit verte, soit belle et tais-toi. Au bout de cette soie est attaché un las-de-Bing Crosby (bas de ligne). Au bout de ce las-de Bing Crosby est attachée une choume graffiti-ciel (mouche artificielle). Cette choume représente très souvent un intrinsècte (insecte) qui n'appartient à rien sauf au règne animal. Contrairement au sens-les gelés (lancer léger) le poids de la choume graffiti-ciel n'importe peu. C'est le poids de la soie qui entraîne le las-de Bing Crosby et la graffiti-ciel qui y est attachée.

Il faut bien connaître les habitudes des intrinsectes et leur mode de vie. Ainsi, les éméphères préfèrent avoir la paix mais sont très sociables. Lorsque quelque chose ne peut être fait par les autres intrinsectes, -Laissez-mé faire ! Disent les éméphères. Il y a aussi les freegames (phryganes) qui sont très renfermées dans leur étui de petites pierres ou de petites branches, les Donatos (Odonates) qui combattent leurs cons génair à vif, les mouches droguées (stonefly) qui deviennent tellement paranos qu'elles se cachent sous les pierres. Certains prétendent que c'est pour y mourir, mais ce ne sont pas des oiseaux.

C'est dans ce genre de langage que notre journée de pêche s'est déroulée. Comme nous n'avions pas loué de moteur hors-bord, nous en avions mare de la rame. Nous sommes donc retournés à la maison et à la raison.


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